samedi 1 octobre 2016

Les AVENTURES de Vieux moins-le-quart à Bruxelles sous une pluie battante


DIDIER ET JPJ


(Illustration de Lieve Bellefroid)

Vieux moins-le-quart se réveille avec un sacré appétit de nouvelles fraîches. Il descend de son grenier, s'installe à la cuisine, lance la machine à laver la vaisselle, se fait bouillir un litre de café lavasse quotidien... et constate avec déplaisir que le livreur de journaux n’est pas passé. Après avoir vécu une nuit tourmentée de hibou à oreilles de chat, VMQ est en manque d'histoires réelles. Il est complètement addict et a besoin de sa dose journalière de bombardements à Alep et de cadeaux fiscaux faits par le gouvernement aux multinationales. Malgré la pluie battante, il se résout à faire quelques petites courses dans le quartier (se trouver de toute urgence un journal et ne pas oublier, comme promis à sa femme mariée, d'acheter "du citron pour le pili-pili" dans l'épicerie
- Pfff ! C'est dans quelle langue que vous vous disputez  ?
- En turc et en arménien !
de la place Fernand Cocq... dont les patrons s'engueulent méchamment devant leur seul client du moment, surtout lui).

Merte ! Il n’y a plus de marchand de journaux* à la place Fernand Cocq ! Et, aujourd'hui (jour de mariage en blanc et en jaquette sous une pluie battante) la boîte à livres de la maison communale d’Ixelles ne contient que des livres en allemand !
VMQ prend le bus 54 jusqu’à la Porte de Namur.

Merte ! Le marchand de journaux de la station de métro de la Porte de Namur n’ouvre pas le samedi !
Et celui du coin de la chaussée d'Ixelles et de la chaussée de Wavre est éventré et ne rouvrira pas* avant des mois, des années… ou même jamais!
VMQ prend le bus 71 jusqu’à la place Flagey.

Merte ! La station-service Shell de la place ne vend plus* de journaux ! Et la boîte à livres du site Flagey de la Faculté d'architecture La Cambre-Horta est presque vide... et sent le vieux pipi !
Après avoir interrogé
- Pfff ! Vous qui êtes dans le monde du papier, vous pourriez peut-être m’aider…
vainement la vendeuse d’un magasin de bande dessinée (en face de la friterie ex-Bosteels et de la tête grimaçante d'un vieux poète portugais décapité), VMQ se rappelle finalement l’existence d’un marchand de journaux au coin de la rue Borrens et
- Pfff ! Ce n’est pas trop loin ! Presque chez Jipéji ! Je pourrais même lui rendre visite !
de la chaussée de Boendael.

Telles sont les tribulations peu glorieuses de Vieux moins-le-quart, à Bruxelles, ce samedi  matin 1er octobre 2016, sous une pluie battante...
Eh oui ! VMQ ne participe plus à aucune équipée, il se contente de lire les journaux… de remonter la chaussée de Boendael à pied, obstinément, en soufflant et en râlant et de se faire éclabousser
- Pfff ! Pour me venger j'achèterai trois journaux : Le Soir, Le Monde et Libération !
par une camionnette de livraison, de prendre le 71 (ou le 54). Il ne supporte plus d'être contrarié et ne rend même pas
- Pfff ! Il pleuvait grave, non ? T'aurais voulu que j'attrape la crève ?
visite à Jipéji... si bien qu'à son retour à la rue Maes, il ne manque pas de se faire gourmander
- Pfff ! Pourquoi tu me cries dessus ?
- Parce que tu es sourd ! 
- Nandimi... mais quoi encore ?
- Parce que tu es criable et que tu négliges tes vieux amis et que tu gaspilles l'argent du ménage ! (Et tant qu'à faire, tu aurais pu m'acheter le Figaro Magazine, non ? pour les mots croisés...) Change-toi tout de suite et n'oublie pas de bien te frotter les cheveux !
par sa femme mariée, sa drogue dure qui, elle, ne lui fait jamais défaut.

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* C'est une épidémie ! En France...
- Internet m'a tuer ? 
aussi ! Claude Haïm confirme et m'envoie une webpage du Monde :
http://www.lemonde.fr/m-perso/article/2016/10/02/vendeuse-de-journaux-pendant-vingt-cinq-ans-je-dois-fermer-boutique_5006979_4497916.html 
Faudra-t-il désormais acheter ses journaux chez Delhaize ou les lire sur son smartphone ou ne plus rien lire du tout (et ne plus écrire évidemment).


Vendeuse de journaux pendant vingt-cinq ans, je dois fermer boutique 

Isabelle Pélissié, 52 ans, a décidé de vendre la Maison de la presse qu’elle tenait à Paris (19e) depuis 1991.Isabelle Pélissié, 52 ans, a décidé de vendre la Maison de la presse qu’elle tenait à Paris (19e) depuis 1991. Elle témoigne :
« J’abandonne le métier que j’aimais : vendeuse de journaux. Car ce n’est plus
possible. Les clients qui s’en vont, l’impression qu’on me met des bâtons dans les
roues, les vols… Vendredi [30 septembre], c’est fini.
Et pourtant, je l’ai aimé ce métier. J’ai aimé les gens qui passaient prendre leur journal
de bon matin ; les gamins qui entraient pour regarder un résultat dans L’Equipe et que
je laissais faire, à condition qu’ils disent bonjour ; les personnes âgées qui viennent
causer l’après-midi ; l’écolier à qui il manque une fourniture ; ce jeune que j’ai aidé car il
n’avait jamais écrit une lettre ; cet homme qui a appris pour le Bataclan en entrant dans
mon magasin… Aujourd’hui, certains me tutoient et sont devenus des amis. D’autres
ont pris l’habitude de se livrer, de parler politique. Il y a des enfants que j’ai vu naître,
des ados qui ont trouvé refuge chez moi quand ils se faisaient embêter par la petite
bande du quartier, des clients âgés dont je me suis inquiétée car je ne les voyais plus.
J’ai emprunté 600 000 francs pour l’acheter
Cela fait vingt-cinq ans. J’ai commencé par hasard en travaillant dans la presse en bas
de chez moi, à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine). Je faisais l’ouverture,
réceptionnais les journaux, les installais, comptais les invendus… J’aimais ça. A cette
heure-là passaient les gens de chez Renault, qui venaient prendre leurs journaux avant
d’aller à l’usine. Moi aussi, je lisais, comme on nous l’avait conseillé dans mon BTS
d’action commerciale. Libération, Le Monde et Le Figaro, chaque jour.
J’ai fini par ouvrir mon propre magasin, avenue Simon-Bolivar à Paris, en 1991. C’était
déjà une maison de la presse, mais un peu vieillotte. J’ai emprunté 600 000 francs
pour l’acheter et je me suis lancée dans les travaux. Ça a marché. J’ai développé le
chiffre et pris quelqu’un. C’était les grandes années. Il y avait des gens qui achetaient
trois quotidiens par jour, sans problème ! A l’époque, un journal et un café, on en avait
pour moins de 10 francs. Les choses ont commencé à changer vers 2000. Petit à petit,
mes clients ont vieilli, sans être remplacés par la nouvelle génération. A cette époque,
j’en ai aussi vu se replier sur leur religion ou leur communauté, et me dire qu’ils
n’avaient plus confiance dans les médias.
Il y a eu les augmentations de prix. J’ai vu des gens se mettre à lire Aujourd’hui en
France parce qu’il était 20 centimes plus bas que les autres, d’autres ne plus acheter
leur quotidien qu’une fois par semaine. Se lasser aussi des magazines et de leurs
couvertures à répétition sur les juifs, les francs-maçons, les tops… Je crois aussi que
les gens ne veulent plus payer pour la culture. Les jeunes téléchargent gratuitement de
la musique, des films, ils ne regardent la presse que d’un oeil. Ces derniers temps, les
journaux ne représentent plus que la moitié de mon chiffre d’affaires. Le reste, c’est la
papeterie et un peu les livres, deux choses sans lesquelles je n’aurais pas pu tenir. J’ai
surtout des personnes âgées et quelques enfants qui viennent pour les images Panini
ou les gadgets. Je ne fais plus que 500 euros environ par jour, alors qu’avant c’était le
double.
Depuis mai, je suis régulièrement volée
Ce qui nous a aussi fait souffrir, c’est les grèves. Notamment celles de fin 2012, début
2013 [contre le projet de restructuration des NMPP, le distributeur de la presse]. Cela
me rendait folle, on n’était plus livrés et les journaux n’en parlaient pas ! Là, les gens
ont décroché et certains ne sont jamais revenus. J’ai fini par avoir un retard de
paiement de trois jours, car les grèves avaient vidé ma trésorerie. Presstalis [ex-NMPP]
m’a aussitôt coupé les livraisons. J’ai trouvé ça scandaleux, sachant que je n’avais eu
aucun problème en vingt-cinq ans. C’est à ce moment-là que j’ai commencé à penser à
arrêter.
Mes relations avec Presstalis ne se sont pas améliorées. On parle à une plate-forme
téléphonique avec des gens qui ne savent pas grand-chose du métier. C’est épuisant.
On a des stocks qui ne correspondent pas à la demande. J’ai perdu l’envie de les
appeler. La cerise sur le gâteau, c’est les vols. Chez moi, il y a un sas entre la porte en
verre et le rideau de fer, les livreurs y déposent les paquets de journaux pendant la
nuit, ça a toujours très bien fonctionné. Mais depuis mai, je suis régulièrement volée.
J’ai déposé plainte, écrit à Presstalis, mais ça n’a rien donné. Alors je viens plus tôt, à
6 heures, pour rentrer mes paquets à l’intérieur du magasin. Puis, je repars chez moi et
reviens au magasin pour 7 h 30, jusqu’à 20 heures, six jours sur sept. Je gagne environ
1 000 euros net par mois.
J’ai fini par mettre en vente les murs et le fonds de commerce. Aux agences, j’avais
donné la consigne que je voulais quelqu’un qui continuerait à faire de la presse.
Personne ne s’est manifesté. J’ai mis un an à accepter que ça puisse devenir autre
chose. J’ai finalement fait affaire avec un investisseur. J’ai annoncé la fermeture début
septembre. J’ai été surprise des réactions. Un monsieur m’a dit : « C’est dommage,
c’est vraiment utile ce que vous faites. » Je lui ai dit : « Mais vous, avant, vous achetiez
votre journal tous les jours, et vous avez arrêté… » Certains me disent : « Vous savez,
vous êtes la seule personne à qui je parle dans la journée. » Il y a des personnes âgées
et des enfants qui pleurent. C’est touchant.
Je ne suis pas amère, mais triste pour ce métier
Je ne sais pas ce que je vais faire. J’ai 52 ans, je pars sans dettes. Je vais commencer
par ne pas travailler pendant six mois, après n’avoir pas eu de temps pendant trente
ans. J’irai au cinéma, je verrai mes amis, la famille en province, je voyagerai. Je ne sais
pas si je lirai les journaux. Peut-être Le Parisien le vendredi et un autre journal quand il
y aura des sujets que je veux approfondir.
Je ne suis pas amère, mais je suis triste pour ce métier, qui est très beau. Ça devient
de l’esclavage moderne avec des gens qui ne comptent pas leurs heures et ne gagnent
pas grand-chose. Je revois la queue devant le magasin pour le retour de Charlie
Hebdo après le 7 janvier 2015. On avait eu 150 commandes et à peine une
cinquantaine d’exemplaires livrés… J’arrive une heure plus tôt, je vois une file
incroyable, je préviens les gens qu’ils n’en auront pas. Ce jour-là, ils se sont rendu
compte que les marchands avaient presque disparu. »











mardi 13 septembre 2016

Les CROUSTILLONS de la Foire du Midi

(chronique bruxelloise dans laquelle je ne rends compte des tribulations amoureuses d'aucun couple particulier et ne prétends délivrer aucun message aux populations belgicaines... rédigée vite-fait* comme on se masturbe : pour la zwanze et le fun, pour garder la main, se vidanger les couilles et soigner sa prostate)

Un grand dadais ...
- On fait la foire ?
- Tu me fais la cour, mon chéri ? Tu m'offres un tour de manège, la grande roue ? 
- Je te propose une nouvelle attraction, petit coeur, une attraction pour les couples courageux: on sort les escargots de leur coquille, on les fait baver, on les porte à ébullition et on les mélange ! Shake and Roll ! 
- Une portion de caricoles ou de chenuesekluete, mon chéri ? Ça serait tof ! Et des smoutebollen comme dessert !
- On se retrouve dans la chapelle, à la chaufferie ou dans la salle de gymnastique ?  Tu m'attends sous le préau, petit coeur ? 
et premier de classe ou major de sa promotion ne pensait plus qu'à cela: froesjeler et avoir des accointances avec sa petite coquine (qui lui faisait accroire qu'elle ne portait jamais de petite culotte et lui laissait entendre qu'elle s'épilait...
- Tous les jours, mon chéri ! Soigneusement  ! 
la mijole pour ne pas se coincer les poils du pubis dans la tirette de son short et qui ne cessait...
- Sia ! Tu ne me crois pas ? Tu veux vérifier, mon chéri ? 
- Pfff !
- Non, peut-être ?
de l'allumer et de le provoquer), celle-là même qui avait sans doute un vrai boentje pour son grand dadais de petit copain de cours mais qui, jusqu'à présent, ne s'était pas encore décidée à ...  à rédiger les premières scènes réellement passionnées du grand roman d'amour extravagant qu'elle envisageait d'écrire avec son "mon chéri" d'ici la fin de l'année, avant les grandes vacances propices aux fugues, changements d'équipage, divorces ou infidélités.

La gamine, essoufflée, complètement abasourdie et prise d'un fou-rire persifleur, insolent, amer, moqueur et gouleyant...
- Sia ! Je t'embrasse et je me fais  baiser ! Où sont le flash, l'éblouissement, l'extase ? Où est même le plaisir ? Tu pues du bec, ta morve empoisse et ta floche sent la pisse ! Et tu t'y prends comme un branleur, mon chéri ! Pressé-pressé ! Ton manche, ton tichke, ton zob, ton moine chauve, ton bourroir, ton likata ou ton cervelas (je ne sais pas comment tu l'appelles, cet engin-là dont tu ne sais même pas te servir comme il faut) bave et se décroche tout le temps ! Ce n'est même pas gai, c'est whonteux ! Si j'avais su...
- Pfff ! Je t'achèterai des smoutebollen, petit coeur ! Et des beignets aux pommes autant que tu pourras en manger ! Et, si tu veux, on pourra se faire un tattoo dans une boutique du quartier !
- Siata ! Et tu me prêteras aussi ton smartphone, mon chéri ? Pour toujours ? Et tu me mettras de la crème dans le dos chaque fois que je te le demanderai ? 
n'en revient toujours pas...
- Siatapata ! C'est ça le premier chapitre de mon grand amour ? C'est de l'escroquerie ! Où est la tendresse ? C'est un viol, non ? Je dois m'habituer et faire avec, négocier des McDo, des cinémas et des sorties en boîte, obtenir des compensations ? Comme dans un vrai ménage, quoi ! Ngai mawa vraiment...
de s'être laissée embrasser par un boutonneux, lécher par un malpropre et bourrer par un manche.. pour des beignets aux pommes avec du sucre en poudre, une portion de caricoles, een dikke cervelas met mayonaise en artisanale pickles saus et quelques smoutebollen qui empestent la graisse brûlée.




* A l'évidence ! Tout le monde sait que la Foire du Midi se tient pendant les grandes vacances et non pas en cours d'année scolaire ou académique, non ?

























jeudi 25 août 2016

Le SMARTPHONE, l'ordinateur, la téloche, les casques de réalité virtuelle, la surveillance électronique et Google Street View ont compliqué notre vie amoureuse et rendu nos rencontres moins discrètes, moins stimulantes, moins frémissantes, moins érotiques

Ce que j'aimais dans le cinéma, c'était de me retrouver dans une pièce sombre... avec des inconnus !

Ou avec Ana, ma belle inconnue, au Paladium, au ciné MPR ou...
- Pfff ! Dans des églises hermétiques, silencieuses (sans autre bruit que celui de nos respirations et de nos gloussements) et enténébrées, sans lune dévisageante ni réverbères inquisiteurs ! Et sans doute pas dans les cinés en plein air de Yolo Nord, de Ngiri-Ngiri, d'Ozone ou de Delvaux, avec des ngembos mateurs et gouailleurs perchés sur tous les murs d'enceinte !
même au jubé de la grande salle du collège Boboto transforméen en ciné... et de pouvoir lui toucher la main sans qu'elle tombe aussitôt enceinte et sans que je me retrouve traqué et coursé par des "familles" émeutières et vociférantes, envoyé passer la nuit au cachot du sous-commissariat de police du quartier, conduit de force devant le commissaire de zone et le notaire de la ville de Kinshasa.

Et de deviner les formes de son corps et de découvrir son haleine et ses moiteurs et...
- Sia ! Je n'en portais même pas !
de dégrafer son soutien-gorge avec douceur, en cachette, comme on perce un secret, comme on ouvre un cadeau, comme on lâche un oiseau !
























vendredi 19 août 2016

NGANGA na ngai

Mon nganga n'est pas un charlatan, un spécialiste du retour immédiat de l'être aimé parti avec un(e) autre
Mon nganga est un type très sérieux.
Mon nganga m'a conseillé...
- C'est une question de survie ! m'a-t-il dit 
- Pfff ! Naboyi te, kasi…
de continuer à écrire pour stimuler mes neurones, retrouver ma tête... ou ne pas perdre ce qu'il en reste

Où donc, en effet, et comment retrouver l’inspiration ?
Boire toute une bouteille…
-  Pfff ! En veillant à ne pas se faire repérer et arrêter par les flics... pour avoir remis le cadavre dans les rayons et tenté de quitter les lieux sans payer ?
d’un produit déboucheur de canalisation dans une grande surface ?
Avaler le saint sperme d’un homme de Dieu pour être touché par la grâce ?
Mon nganga me dit de mettre d'abord une casserolle d'eau sur le feu, d'y plonger un vieil os dérobé à un mbwa déférent et d'ajouter peu à peu des épices, des végétations et les ingrédients les plus divers jusqu'à ce que la sauce prenne forme, acquière de la consistance et même du goût.

Je me réunis donc en "camp d'écriture" avec moi-même (mon musicien, mon coloriste, mon parfumeur, mon styliste, mon parolier, mon souffleur de répliques, mon maître de ballet et mon metteur en scène, mon seau, ma pelle et mon rateau, ma toile d'araignée et mon filet de pêche, mon critique littéraire et mon coupeur de cheveux en quatre, mon presse-citron et mon casse-noisettes, mon couteau de chasse et mon zibulateur, mon emmerdeuse et ma documentaliste, mon sécateur et ma machine à coudre, mon pot de colle et ma boîte à chaussures remplie de bouts de papier griffonnés et raturés), tapote sur mon clavier, tapote, tapote, tapote, cherche d’abord un rythme, puis des mots à accrocher ici et là parce qu’ils ont de bons sons, de belles formes, de bonnes odeurs ou de belles couleurs, puis des brides de phrases.
Je coupe, découpe et recolle.
Et j'organise petit à petit tout ce fatras, je donne des valeurs à mes mots, je les fais grimacer ou danser devant le miroir. Je les essaie, je les retire, je les reprends et je les vire, je modifie constamment la composition de mes équipes.
Et je finis toujours par trouver une apparence de sens à mes phrases. Je teste alors le produit et je balance la sauce. Et quelquefois, ça marche, ça mord, ça énerve et...
- Excellent pour repousser le vieillissement cérébral ! dit mon nganga
je reçois des insultes et des coups. Je m'accroche, je m'obstine et je continue tiiiiiiiiiiiiiiiiiii... la rupture d'anévrisme, clap !

























dimanche 24 juillet 2016

Mwana DANZE (biflataflata !)

 Je ne lui ai jamais offert de bijou (mais du foie de veau, des bouchées à la reine et des rognons de porc de la boucherie de Jan et de Krista, rue Malibran ou des palmiers caramélisés bien-bien (que je m’obstine à appeler des trente-trois tours alors même que les tourne-disques ont disparu depuis longtemps) ou un mille-feuilles ou un merveilleux...
- Pfff ! Un seul, pas les deux ! Il ne faut quand même pas exagérer !
- Sia ! Qu'est-ce que tu insinues, que je suis devenue obèse ?
 de la boulangerie Renard, place Fernand Cocq.

Mwana Danzé, mon douce emmerdeuse...
Mwana Danzé, unique au monde et seule de son espèce…

Mais quand elle me virera, ce sera radical !
Elle changera les serrures, modifiera les codes secrets, effacera les historiques, passera au pilon les clés USB, videra les bacs à papier, brûlera les photos et les archives... et même les serviettes ou les lingettes dont je me serai servi  pour ne laisser aucune trace de mon passage !

Likambo te. J'aurai pris une sacrée avance. Je n'assisterai pas à ça. Je me serai arrangé...
- Pfff ! Nazui yo, chérie na nga !
- Siata ! Je peux encore te rattraper ! Je n'ai pas droit à un accident d'avion, peut-être ? Je peux aussi attraper un cancer du sein, non ? Ou calancher dans un attentat, eh !
pour mourir avant.



















Le RAGONDIN rigole (kiekiekiekiekekee !)

Une fois sorti de l’eau (d'un dilemne, d'une mauvaise passe ou d'une situation difficile) et tiré d'affaire, le ragondin rigole et fait le coq...
-  Kiekiekiekekee ! 
mais il oublie de se coiffer, surtout la barbe, l'entrejambe et les aisselles, les poils du nez, des oreilles et du cul. Il néglige aussi de tirer sur ses bretelles et de boutonner son veston. Son pantalon fait des poches aux genoux.

Le ragondin parvient à se libérer d'un piège barbare ou à s'évader d'un élevage crapuleux et rigole d'un air un peu niais...
Kiekiekiekekee ! 
mais il est déterminé à ne plus se laisser prendre et se dote de moeurs nocturnes ou crépusculaires pour échapper à quelques autres prédateurs toujours prêts à l'égorger : la fouine, le renard ou le busard des roseaux.
Cela ne le met cependant pas à l'abri de la chouette effraie.

Quand il est sourd, le ragondin rigole et se la pète grave...
Kiekiekiekekee ! 
mais il s'est quand même fait opérer de l’œil de verre ou de la jambe de bois ou piercer le nez, le nombril, les tétons et les oreilles pour avoir répondu à tort...
- Pfff ! On aurait pu tout aussi bien m'escouiller, me limer les incisives ou les repeindre en noir-jaune-rouge, me vider de mes entrailles, m'ouvrir la boîte crânienne et me laver le cerveau, m'injecter des puces et installer des applications, me convertir à la religion du marché, profiter aussi de l’occasion pour m'administrer quelques fast-sacrements, non ?
- Sia !
à l’appel d’un nom qui n’était pas le sien dans la salle d'attente d’une One Day Clinic.

Quand il souffre d’insuffisance rénale, pourquoi le ragondin rigole-t-il tout en se retenant de manger les capucines qui fleurissent sur les trottoirs de la rue Maes : parce qu’elles sont trop salées ou...
- Pfff ! Parce qu’elles ont été arrosées par l’urine de tous les kondoko (alias niaouw), bampoko et bambwa du quartier ! Kiekiekiekekee ! 
- Siata ! Parce qu'il n'y a pas de capucines sur les trottoirs de la rue Maes, tiens ! 
parce qu’elles sont psychotropes, vénéneuses, trop riches en phosphore ou en potassium, trop alcoolisées ?

Kiekiekiekekee ? 
Le ragondin rigole...
- Na ndenge na ngai parce que Ahah, c’est déjà pris ailleurs :Aa est une résidence d'auteur de la chaussée de Boendael et un affluent non seulement de la Meuse mais aussi du Musée d'Ixelles en Belgique tandis que Ha ! Ha ! est un Saint-Louis, une rivière ou un lac au Québec...
- Siatapata !
comme une crécelle enragée, une râpe à fromage fanatisée ou une poulie de puits qu'on assassine dans une ruelle obscure, 





















vendredi 8 juillet 2016

J'aime les grandes villes situées à l'intérieur des terres, LOIN DES POISSONS

Le singe et le poisson
(Illustration de Lieve Bellefroid)



J'aime les grandes villes, loin des forêts dans lesquelles on dépose les personnes âgées en fin de vie.
Loin des singes.

Quand je meurs en ville, sur un trottoir très fréquenté à l'époque des fêtes ou en période des soldes, les gens hésitent, détournent les yeux, grimacent à peine, font mine de ne pas me voir, s'écartent rapidement : un pénis se retrouve en face d’un tampon hygiénique et s’enfuit à toutes jambes, un mouton de poussières cavale pour ne pas se faire choper par un aspirateur?
Bref, en général, les gens me foutent la paix.
Ils se demandent simplement si je suis un ivrogne, un drogué, un escroc, un dément, un malade de la peste.
Ou peut-être un terroriste, une boîte de concentré de tomates ou d’épinards hachés qui pourrait leur péter dans la gueule

Quand mes yeux  roulent dans leurs orbites et que je grogne comme une bête fauve, les gens sont perplexes...
S’agit-il de Hulk, d’un cheval qui se transforme en âne ou d’un homme fraîchement descendu de son arbre ? Buffon ou Darwin ? Dégénérescence ou évolution des espèces ? Faut-il appeler les flics, la fourrière ou le musée des sciences naturelles

J'aime les grandes villes et je déteste les familiarités du singe, ses grossièretés, ses escroqueries et ses incivilités, son doigt dans le cul et ses grattages de nombril, ses mensonges et ses fausses promesses, ses sarcasmes et ses insultes, ses diatribes incendiaires et vulgaires, ses intrusions dans ma vie privée.
Et manger la cervelle du singe, servie dans son crâne décalotté, presque crue, encore frémissante, ça me débecte aussi.

J'aime les grandes villes installées à l’intérieur des terres, loin de l’océan, des grands lacs, du fleuve Congo et de la rivière N'djili dans laquelle on jette les corps des suppliciés.
Loin des poissons.

Je déteste le poisson. Ça sent l'égout, la vase et le vomi, les chiottes, le vieux mégot, le cadavre de noyé (avec des crabes-piercings accrochés au bout des doigts, aux oreilles, au sexe et aux orteils).
Je déteste serrer le main molle d'un poisson, le regarder dans les yeux, l'embrasser sur la bouche. Je déteste la bave de l’escargot, la salive du caméléon et le baiser visqueux du poisson (avec des bulles inodores et de petits pets silencieux)

- Mange ce que je t'ai préparé, mon vieux chariot !
- Je ne t'ai jamais demandé de me préparer à manger, petite chérie ! Et surtout pas du poisson !
- Sia ! Mange ton poisson, ça rend immortel !
- Pfff ! Trop tard, petite chérie ! Je n'ai plus le temps !
- Mange, je te dis ! Ça rend intelligent ! Et, demain, ce sera de la cervelle de singe, tu en as le plus grand besoin !
- Pfff ! Trop tard aussi, petite chérie ! Je préfère mourir idiot !
- Siatapata ! Mange et ne fais pas de manières ! Ça va refroidir !
- Pfff ! Je n'aime pas manger froid mais j'aime bien attendre que mon assiette refroidisse ! Ça permet de réfléchir à ce que l’on mange, non ?

Le poisson n'a guère de sentiments. Le poisson n'a pas beaucoup de conversation. Le poisson est d'un commerce ennuyeux.  Je déteste le poisson. C'est ma femme mariée que je mange et qui me fait vivre. C'est ma femme mariée...
- Siata ! Qu'est-ce que tu t'imagines, mon vieux chariot, je ne suis pas du genre à me laisser manger ! Et ce n'est pas avec ton kimbalangbalang de dentier délabré que tu y parviendras !
qui me fait marrer et que je fais rire. C'est ma femme mariée que j'aime.

Le soir, à la télé, sur la 5...
- Pfff ! Tout à la fois ? A même pas une heure d'intervalle ?
j'apprends que je descends de l'arbre et que je sors de l'eau. Mi-singe, mi-poisson.
Ma femme mariée confirme.